Quand Ujjayi Pranayama embrume le mental

par

ujjayi pranayama

La séance de Yoga a été intense. Te voilà allongé·e sur ton tapis pour la relaxation, le fameux Shavasana.

Tu sens ton cœur battre fortement dans ta poitrine — C’était VRAIMENT intense.
Tu sens ta transpiration goutter sur le tapis — Le corps expulse les toxines.
Tu sens tout ton corps fatigué — Bravo, tu as bien bossé.

Puis, la relaxation terminée, tu te redresses pour dire Namasté. Tu te sens un peu sur une autre planète. L’effet Yoga. Comme à chaque fois.

Et si ce n’était PAS bon signe ? Et si une séance de Yoga réussie offrait d’autres sensations ?

Les grandes amplitudes d’Ujjayi Pranayama

 

“Respirez profondément. Avec de grandes amplitudes. Je veux pouvoir vous entendre ! ” Longtemps j’ai répété cela à mes élèves.
Parce que c’est ce que l’on m’a enseigné et je ne voyais pas d’intérêt à remettre en question la tradition.
Monkey see, monkey do.

J’enseignais “Ujjayi Pranayama”, la “respiration du guerrier”, la “respiration victorieuse”, la “respiration de l’océan”. Autant de noms pour désigner une et même technique.
Pour rappel, c’est une respiration nasale avec une légère contraction de la glotte qui crée le bruit des vagues. Cette respiration aide à rester concentré·e pour réaliser les postures.

Et puis je me suis lancée dans la plongée en apnée. Et j’ai appris des choses super intéressantes sur la respiration.

Les problèmes physiologiques immédiats

 

Quand notre rythme respiratoire mobilise un plus gros volume d’air que nécessaire, on parle d’hyperventilation. L’hyperventilation se manifeste soit par une plus grande amplitude, soit par une fréquence plus rapide du rythme respiratoire. Ou même les deux à la fois.
Donc quand je disais à mes élèves de respirer avec de grandes amplitudes, je les faisais basculer dans l’hyperventilation.

Dans les cours théoriques d’apnée on apprend que l’hyperventilation fait diminuer le taux de dioxyde de carbone. Cela rend le sang plus alcalin et l’oxygénation du corps en est réduite (effet Bohr).

Voici les phénomènes physiologiques indésirables que l’on peut ressentir :

    • Une augmentation du rythme cardiaque voire des palpitations.
    • Des picotements et paresthésies. As-tu des fourmis au bout des doigts en cours ou en fin de séance de Yoga ?
    • Une vasoconstriction faisant diminuer le flux sanguin vers le cerveau : vertige, confusion, difficulté à se concentrer. La sensation de se sentir flotter dans l’espace après le Yoga vient de là.

Tu te rappelles dans le film Le Grand Bleu, la scène de la compétition ? Pourquoi l’apnéiste japonais perd connaissance avant même de plonger ? Parce qu’il hyperventile à mort !

Mon savoir d’apnéiste remettait en question l’enseignement de mes premières écoles de Yoga. Et cela me dérangeait.

Le risque psychologique à long terme

 

J’ai poursuivi mon investigation.

Je savais déjà que quand on stresse, on respire plus vite. On a tous expérimenté cela.
Mes lectures m’ont fait découvrir avec stupeur que la fréquence respiratoire moyenne chez l’humain a augmenté drastiquement aux cours des dernières décennies.
J’ai aussi appris que l’hyperventilation à long terme génère de l’anxiété.

Les profs de Yoga qui incitent à hyperventiler n’ont absolument pas conscience de cela. 

Mais l’information qui m’a le plus perturbée est celle que j’ai découverte en préparant mon cours de Yoga en ligne contre la déprime et la dépression.
La voici : l’anxiété peut mener à la dépression.
J’ai vite fait un raccourci facile dans ma tête : Ujjayi Pranayama = dépression ? Non, impossible !

Et si Ujjayi Pranayama était mal enseigné ?

 

Beaucoup de mes interrogations ont trouvé réponse avec les cours de Pranayama de Simon Borg-Olivier (école Synergy Yoga).
Le Pranayama — le contrôle du souffle — permet de ralentir la respiration jusqu’à la suspendre.

L’intérêt de la contraction de la glotte est de réduire le débit d’air. Cela permet de respirer plus lentement plus facilement.
Le bruit généré est alors très subtil. Cela ne ressemble ni à une locomotive, ni au bruit des vagues, ni à un océan lointain.
Ujjayi ne devrait pas être audible au-delà de notre tapis.

Respirer profondément ne veut PAS dire avec de grandes amplitudes. La profondeur désigne le plancher pelvien.
Néanmoins, pour arriver à respirer très lentement on a besoin de plus d’amplitude.
Attention donc à toujours veiller à ralentir la respiration avant de chercher l’amplitude respiratoire.

Ujjayi pratiqué correctement n’est pas de l’hyperventilation. Ujjayi ne génère ni stress, ni angoisse, ni dépression.
Quel consigne donner à mes élèves alors ? Devrais-je dire “Respirez le plus lentement possible, sans faire de bruit, depuis le plancher pelvien” ?

Les conseils à retenir

 

Voici ce que préconise Simon : dissocier la pratique des postures (Asanas) de la pratique du Pranayama.
Ralentir sa respiration est un exercice très difficile qui demande beaucoup d’entraînement.
Combiner cela à un exercice physique nécessitant déjà beaucoup de concentration c’est… TROP !

Pendant les Asanas, il conseille de respirer naturellement : par le nez, sans engager de muscles à l’expiration, le ventre relâché.
Je monte les bras au ciel, l’inspiration se met en place toute seule. Je les baisse, mon corps expire. Sans que j’y pense.

En pratiquant avec une respiration presque inaudible, on se demande alors sur quoi se concentrer. Il est vrai qu’écouter sa forte respiration aide à oublier les distractions.
Néanmoins, il y a d’autres points de concentration possibles : un point extérieur que l’on fixe du regard ou bien un point précis du corps (chakra).

Depuis que j’applique la respiration naturelle sur les Asanas, je suis plus à l’écoute de mes sensations intérieures. Mais surtout, je n’ai plus d’étourdissement.

Prêt·e pour de nouvelles sensations ?

 

Ok, se sentir sur une autre planète après avoir hyperventilé pendant une heure est une sensation cool… mais prendre soin de sa santé mentale à long terme est prioritaire.

Je t’invite à tester par toi-même une séance de Yoga avec la respiration naturelle, en relâchant le ventre et en gardant un point de concentration. Tu termineras la séance en te sentant plus ancré·e, alerte et conscient·e du monde dans lequel tu es.

Parce que Yoga veut dire Union et non déconnexion. Union de Soi à l’Univers.

Voici un Haïku pour t’inspirer :

Ventre relâché Aucun bruit aucun effort L'Univers respire
Des questions ? Des précisions à apporter ?

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